Une double peine: La condition sociale des immigrés malades du sida

L’épidémie se présentant toujours comme un péril venu d’ailleurs, l’immigration offre à sa propagation un cadre d’interprétation qui s’impose au monde social avec la force de l’évidence, que ce soit à travers la figure fantasmatique de l’étranger menaçant qui en serait le vecteur ou sous la forme apparemment plus neutre des mouvements de populations qui la favoriseraient. Mais la maladie, loin d’être l’événement qui susciterait cette représentation stigmatisante, vient au contraire remplir un espace de disqualification préexistant, même virtuellement, où peuvent aussi trouver place la délinquance ou le chômage que l’immi- gré est toujours susceptible de propager selon des modalités volontiers imaginées en termes épidémiologiques de contamination et de diffusion. La menace pathogène vient ainsi s’ancrer dans des populations présupposées dangereuses (Clatts & Mutchler 1989). L’épidémie se différencie toutefois de ces autres périls en ce qu’elle met à l’épreuve le corps physique tout autant que le corps social, exerçant sur l’un comme sur l’autre son pouvoir délétère. Les frontières mises en danger par les étrangers ne sont pas seulement celles du territoire national, elles sont aussi celles du territoire corporel.

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