Disparitions, départs volontaires, fugues. Des enfants de trop en Europe? Etude menée en Belgique, Espagne, France et Suisse sur les disparitions de mineurs étrangers non accompagnés placés en institution (2010)

Sur la base d’informations parcellaires recueillies depuis plusieurs années, la Fondation Terre des hommes-aide à l’enfance a procédé, en 2008 et 2009, à une enquête dans 4 pays sur la disparition de nombreux mineurs étrangers non accompagnés des institutions où les autorités judiciaires ou administratives les ont placés. De cette enquête, réalisée essentiellement par interviews auprès d’environ 90 responsables professionnels, il ressort les constats suivants: • la disparition de mineurs des institutions n’est pas un phénomène marginal ou exceptionnel: il s’agit bien d’un pourcentage, variable mais significatif, d’une population donnée, lequel peut atteindre 50 % selon les institutions et les pays concernés; • le phénomène est connu au niveau local ou régional, mais la publication de statistiques nationales consolidées n’existe pas dans les contextes dans lesquels nous avons enquêtés; • la diversité, au niveau local et régional, des critères de prise en charge et de suivi des mineurs, le cloisonnement dans le fonctionnement des services concernés, comme la diversité des termes employés (disparitions , fugues, départs sans adresse, etc.), ne facilitent en rien la perception de l’ampleur et de la gravité du phénomène; • une partie des responsables d’institutions considèrent que le terme de disparition n’est pas approprié, estimant, pour certains, que ce terme supposerait de diligenter une enquête judiciaire; quelques-uns, très minoritaires, considèrent que la disparition n’est que l’expression du libre choix du mineur; • d’autres responsables d’institutions reconnaissent leur responsabilité professionnelle directe dans ce phénomène, qu’ils considèrent avec d’autant plus de gravité qu’ils se reconnaissent impuissants pour le réduire; • un des facteurs déterminants dans l’explication des disparitions est la perception que la plupart des mineurs (majoritairement garçons de 14 à 17 ans) ont de l’avenir qui s’offre à eux à travers la décision de placement. Que signifie être placé et protégé pour des mineurs qui ont souvent franchi des épreuves humainement extrêmes, contraints d’atteindre un degré de maturité adulte, et dont on exige qu’ils s’adaptent au règlement intérieur d’une institution en général conçue pour des mineurs plus jeunes? A quoi s’ajoute la certitude que, quoi qu’on leur dise, ce placement est la salle d’attente de l’expulsion vers le pays d’origine, alors que leur projet est en général très précis et qu’ils veulent travailler dans le pays de destination; • un MENA n’arrive que très rarement seul dans un pays d’accueil: si l’institution se comporte comme le simple exécutant d’une décision judiciaire ou administrative de placement et que, très rapidement, le mineur ne perçoit pas son intérêt à long terme au sein de l’institution, la disparition est quasi-automatique. Tous les professionnels estiment que la plupart des disparitions se produisent dans un délai très court après l’admission dans leur centre. Certains savent qu’ils vont rejoindre leur famille, ce qui n’est pourtant pas nécessairement une garantie de protection; • le principe de recherche active de mineur disparu d’une institution n’est que très peu appliqué, contrairement à la recherche immédiate en cas de disparition d’un enfant national. Cet état d’esprit pourrait aisément être interprété comme une discrimination.

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